La carriole du notaire sautait sur les pavés de la rue. Don Julian, les lunettes sur le bout du nez, somnolait, laissant le clerc conduire, bien que celui-ci fût aussi ému que son patron.

Sento, resté seul avec Marieta, ne savait que dire... Il ne pouvait que répéter: mordieu!... Ah, il avait été plus entreprenant autrefois, avec Mâame Tomasa. Sans doute l’effet de l’âge! Enfin il pria Marieta d’entrer dans la chambre à coucher; mais c’était une singulière personne, que cette petite! Jamais il n’avait vu créature si têtue. Elle ne voulait rien entendre... plutôt mourir! Elle voulait passer la nuit dans un fauteuil...

Le vieux se fatigua de la prier... Puisque tel était son caprice, bonne nuit!—Et, prenant la lampe, il entra dans la chambre; mais Marieta avait horreur de l’obscurité: cette grande maison inconnue lui faisait peur; elle croyait voir dans l’ombre la large face, aux taches de rousseur, de Mâame Tomasa. Toute tremblante, elle se précipita dans la chambre à la suite de son époux.

Maintenant elle regardait cette pièce, qui était la mieux de la maison, avec ses chaises d’osier fabriquées à Vitoria, ses murs couverts de chromos et ses grandes armoires. Sur la commode ventrue, aux poignées de bronze, il y avait sous un énorme globe une statue de la Vierge, et un bouquet de fleurs flétries, de chaque côté des candélabres de cristal, aux bougies jaunes, déformées par le temps et salies par les mouches; près du lit, un bénitier avec la palme du dimanche des Rameaux, et, suspendu à un clou, le fusil du père Sento, une arme de fort calibre, toujours chargé de gros plomb; enfin, suprême élégance! le lit monumental de Mâame Tomasa, à la tête duquel était sculptée la cour céleste, et dont la literie était formée d’un amoncellement, recouvert de matelas, de damas rouge.

Le père Sento souriait, satisfait de son succès: bien! c’était ainsi que Marieta devait toujours obéir gentiment. Malgré sa rudesse habituelle, il lui parlait d’une voix très douce, comme s’il avait une praline dans la bouche; enfin il allongea le bras...

—Restez tranquille! dit-elle, effrayée.—Ne m’approchez pas!

Elle s’éloigna, poursuivie par Sento, qui, ne pouvant l’atteindre, finit par lui accorder une trêve, et se mit à se déshabiller avec résignation.

—Es-tu bête! répétait-il philosophiquement, pendant qu’il enlevait ses espadrilles, son pantalon de velours, et qu’il dénouait la ceinture noire qui lui comprimait l’abdomen.

Onze heures sonnèrent au clocher: il fallait en finir avec ce jeu ridicule; Marieta se couchait-elle, oui ou non?

La voix était si impérative que la mariée se leva comme un automate, et se tournant vers le mur, se dévêtit lentement. Elle enleva le foulard noué à son cou, puis après de longues hésitations, le corsage, qui tomba sur une chaise. Elle gardait encore le corset blanc aux arabesques rouges, qui laissait voir son dos brun aux tons chauds et ombrés, dont la peau fine avait le velouté de la pêche mûre.