«Seigneur! pour qu’il ne souffre plus! pour qu’il ne souffre plus!»

Et, répétant ces mots, il épaula, puis chercha la détente, d’un doigt qui tremblait... Deux détonations formidables retentirent...

LA FILLE DE LA SORCIÈRE

Dans ce wagon de troisième classe, les voyageurs connaissaient presque tous Marieta, la belle veuve en deuil, qui assise près de la portière avec un nourrisson dans ses bras, fuyait les regards et l’entretien des voisines.

Les vieilles paysannes la regardaient, les unes curieusement, les autres avec haine, à travers les anses de leurs paniers énormes, posés sur leurs genoux, avec toutes les emplettes qu’elles avaient faites à Valence. Les hommes, mâchant de mauvais cigares, lui lançaient d’ardentes œillades.

Dans tout le wagon, l’on parlait d’elle, l’on contait son histoire.

C’était la première fois que Marieta osait sortir de chez elle depuis la mort de son mari. Trois mois s’étaient écoulés. Sans doute, elle n’avait plus peur de Teulaí[M], le frère cadet de son mari; un petit homme qui, à vingt-cinq ans, était la terreur du canton! un bravache, aimant follement à faire le coup de feu, qui, né riche, avait abandonné ses terres, pour vivre en aventurier, tantôt dans les villages, grâce à la tolérance des alcades, tantôt dans la montagne, quand ceux qui lui voulaient du mal osaient dénoncer ses exploits.

Marieta paraissait tranquille et satisfaite. Oh, la méchante bête! Avoir l’âme si noire, et être si jolie, avoir un port si majestueux qu’elle semblait une reine.

Ceux qui ne l’avaient jamais vue, s’extasiaient sur sa beauté. Elle était comme les Vierges, patronnes des villages: elle avait une peau pâle et transparente comme de la cire, qui par moments se colorait d’une teinte rosée; des yeux noirs, fendus en amandes, aux longs cils; un cou superbe, avec deux plis horizontaux, qui faisaient ressortir l’éclat de sa blanche carnation. Elle était grande, avec des seins fermes, qui accentuaient leur relief, au moindre mouvement, sous les vêtements noirs.

Oui, elle était bien belle!... On s’expliquait ainsi la folie de Pepet, son infortuné mari.