Et, pour prouver son énergie d’hyène, qui n’aimait que le sang, il saisit de ses mains osseuses la tête de Marieta et la leva pour la voir de plus près, contemplant sans émotion ses joues pâles, ses yeux noirs et ardents, qui brillaient à travers ses larmes.

—Sorcière... empoisonneuse!

Petit et chétif en apparence, il abattit d’une poussée cette femme robuste, au corps superbe et ferme, la fit tomber à genoux, et, reculant, chercha quelque chose dans sa ceinture.

Marieta était anéantie. Personne sur la route! Au loin les mêmes cris, les mêmes grincements de roues! Les grenouilles coassaient dans une mare voisine; les grillons menaient grand bruit sur les berges; un chien hurlait lugubrement là-bas dans les dernières maisons du village. Les champs disparaissaient dans les vapeurs de la nuit.

Se voyant seule, convaincue qu’elle allait mourir, toute sa fierté s’évanouit. Elle se sentit faiblir, comme au temps où elle était petite et où sa mère la battait; et elle se mit à sangloter.

—Tue-moi! gémit-elle, en ramenant sur son visage son tablier noir, qu’elle enroula autour de sa tête.

Teulaí s’approcha d’elle, impassible, un pistolet à la main. Il entendit encore la voix de sa belle-sœur, qui poussait derrière la toile sombre, des lamentations de petite fille, le priait d’en finir vite, de ne pas la faire souffrir, mêlant à ses supplications des fragments de prières qu’elle récitait précipitamment. En homme d’expérience, il chercha avec le canon de son pistolet un point dans cette enveloppe noire, et tira les deux coups sans arrêt.

Dans la fumée et le feu de la poudre, il vit Marieta se redresser, comme mue par un ressort, puis retomber, les jambes secouées par les convulsions de l’agonie...

Toujours calme, en homme qui ne craint rien et compte, au pis aller, se réfugier dans la montagne, Teulaí revint au bourg voisin, pour y chercher son neveu. En le prenant aux bras de la vieille femme épouvantée, il faillit pleurer:

—Mon pauvre petit! disait-il en l’embrassant.