On distinguait à peine, comme des points indécis sur la route blanche, les femmes qui se rendaient au village voisin. Les vapeurs grises de la nuit tombante s’étendaient à la surface des champs, les bois prenaient des tons d’azur sombre, et, là-haut, dans le ciel violet palpitaient les premières étoiles.

Ils marchèrent en silence quelques minutes; enfin la veuve s’arrêta, avec une fermeté résolue qui était l’effet de la peur... Il pouvait s’expliquer là aussi bien qu’ailleurs. Les jambes de Marieta tremblaient; elle balbutiait et n’osait lever les yeux, afin de ne pas voir son beau-frère.

Au loin, résonnaient des grincements de roues; des voix que l’écho prolongeait s’appelaient à travers champs, rompant le silence du crépuscule.

Marieta regardait la route, avec anxiété. Personne! ils étaient seuls.

Teulaí, toujours avec son sourire infernal, parlait lentement... Ce qu’il avait à lui dire, c’était de faire sa prière; si elle avait peur, elle pouvait mettre son tablier devant sa figure. On ne tuait pas impunément le frère d’un homme comme lui.

Marieta se rejeta en arrière, avec l’expression épouvantée de celui qui s’éveille en plein péril. Son imagination troublée par la peur, avait conçu, avant d’en arriver là, les pires brutalités, d’horribles coups de bâtons, son corps meurtri, ses cheveux arrachés; mais... faire sa prière en se voilant le visage et mourir! Et ces choses affreuses dites si froidement!

Par un flot de paroles, tremblante, suppliante, elle essaya d’attendrir Teulaí. Tout cela n’était que mensonges. Elle avait aimé de toute son âme son pauvre frère; elle l’aimait toujours. S’il était mort, c’est qu’il n’avait pas voulu l’écouter; et elle, elle n’avait pas eu le courage d’être froide et de se dérober aux embrassements d’un homme si passionné.

Le bravache l’écoutait, accentuant de plus en plus son sourire, qui tournait à la grimace:

—«Tais-toi, fille de la Sorcière!»

Elle et sa mère avaient tué le pauvre Pepet. Tout le monde le savait; elles l’avaient consumé, en lui faisant boire des drogues malfaisantes... Et si lui-même l’écoutait maintenant, elle serait capable de l’ensorceler lui aussi. Mais non! il ne tomberait pas dans le piège, comme son nigaud de frère!