Teulaí souriait sournoisement. Il n’y avait pas lieu de s’effrayer. N’étaient-ils pas parents? Il se réjouissait de la rencontre; il l’accompagnerait au village, et chemin faisant, ils parleraient de certaines affaires.

Avance! avance! disait le petit homme.

Elle le suivit, soumise comme une brebis. C’était un singulier contraste: cette femme grande, robuste, fortement musclée, semblait traînée par Teulaí, qui n’était pourtant qu’un gringalet débile, pitoyable et malingre, et dont les regards acérés aux lueurs étranges révélaient seuls le caractère. Mais Marieta savait ce dont il était capable. Des hommes vigoureux et vaillants étaient tombés vaincus par cette méchante bête.

A la dernière maison du bourg, une vieille femme balayait en chantonnant, le devant de sa porte.

—Bonne femme! Bonne femme! cria Teulaí.

La bonne femme accourut, laissant là son balai. Le beau-frère de Marieta était trop connu à plusieurs lieues à la ronde, pour ne pas être obéi sur-le-champ.

Il arracha l’enfant à la veuve, et, sans le regarder, comme pour éviter un attendrissement indigne de lui, il le passa à la vieille en la chargeant d’en avoir soin... C’était l’affaire d’une demi-heure! Ils reviendraient vite le chercher, dès qu’ils auraient terminé certaine affaire.

Marieta, éclatant en sanglots, s’élança sur le petit pour l’embrasser; mais son beau-frère la tira brusquement:

—«Avance! avance!»

Il se faisait tard. Subjuguée par la terreur qu’inspirait ce petit homme venimeux à tous ceux qui l’entouraient, elle continua à avancer, sans son enfant et sans son panier, pendant que la vieille, en se signant, s’empressait de rentrer chez elle.