Des chuchotements hostiles bourdonnaient dans le wagon. Les regards se portaient de tout côté sur elle, mais Marieta ouvrait ses grands yeux impérieux, tout chargés de dédain et se remettait à contempler les plantations de caroubiers, les champs d’oliviers poudreux, les maisons blanches, qui fuyaient, le long du train en marche, pendant que l’horizon s’enflammait au contact du soleil qui s’enfonçait dans d’épaisses toisons d’or.

Le train s’arrêta dans une petite gare. Les femmes, qui avaient le plus jasé sur Marieta, se hâtèrent de descendre, en jetant devant elles leurs corbeilles et leurs cabas de sparte.

La belle veuve, avec son bébé au bras, et le panier aux emplettes appuyé sur sa forte hanche, sortit à pas lents. Elle laissa prendre de l’avance à ces commères hostiles, car elle voulait être seule, sans avoir la douleur d’entendre leurs médisances.

Dans les rues du bourg, étroites, tortueuses, aux larges auvents, il y avait peu de jour. Les dernières maisons s’alignaient des deux côtés de la grand’route. Au delà, se voyaient les champs, qui bleuissaient à l’approche du crépuscule, et au loin, sur le large ruban de la route poudreuse, s’égrenaient, comme des fourmis, les femmes qui, avec leurs paquets sur la tête, gagnaient le village le plus proche, dont le clocher dressait, derrière un coteau, son bonnet de tuiles vernissées, luisant aux derniers reflets du soleil.

Marieta était brave: cependant elle ressentit une inquiétude soudaine, en se voyant seule sur la route. La course était bien longue; il ferait nuit close, avant son arrivée au logis.

Sur une porte, se balançait la branche d’olivier, poudreuse et desséchée, enseigne d’une auberge. Au-dessous, tournant le dos au village, était un petit homme, appuyé au jambage, les mains dans sa ceinture.

Marieta arrêta sur lui ses regards... Si elle allait, quand il tournerait la tête, reconnaître en lui son beau-frère, quel saisissement, mon Dieu! Mais, sûre qu’il était bien loin, elle poursuivit sa route, se plaisant à évoquer la cruelle idée d’une telle rencontre, parce qu’elle la croyait impossible; et pourtant, elle tremblait à la seule pensée que c’était peut-être Teulaí, cet homme, posté à la porte de l’auberge. Elle passa devant lui sans lever les yeux.

Bonsoir, Marieta.

C’était lui... En face de la réalité, la veuve ne ressentit pas tout d’abord l’émoi de tout à l’heure; elle ne pouvait plus douter! C’était Teulaí, le bandit au sourire perfide, qui la regardait avec des yeux plus inquiétants que ses paroles.

Elle répondit «Salut» d’une voix défaillante. Elle, si grande, si forte, sentit ses jambes mollir, et même elle dut faire un effort, pour ne point laisser tomber son enfant.