Le bandit et son acolyte prirent place dans la diligence avec trois campagnardes de leur village qui saluèrent affectueusement monsieur Quico, et quelques gamins qui touchaient son fusil chargé comme si c’était un objet sacré.
La diligence cahotait parmi les plantations d’orangers en fleur; les canaux de la huerta reflétaient le doux soleil du soir; et dans les airs passait la tiède haleine du printemps pleine de parfums et de rumeurs.
Bolson s’en allait content. On lui avait promis cent fois sa grâce, mais maintenant c’était sérieux. Son admirateur l’écoutait en silence.
Ils virent sur la route deux gendarmes. Bolson leur fit un salut amical.
A un détour de la route, deux autres gendarmes apparurent et le boucher tressauta, sur son siège, comme piqué par un aiguillon. Pourquoi tant de gendarmes en un si court trajet? Le bandit le tranquillisa. On avait, dit-il, concentré les forces du district pour le voyage de don José. Mais un peu plus loin, ils rencontrèrent deux autres gendarmes qui suivirent lentement la diligence comme les précédents.
Le boucher ne put se contenir davantage: «Cela sent le brûlé, Bolson! Il en est temps encore, il faut descendre et fuir à travers champs pour gagner la Sierra».
—Oui, Monsieur Quico, oui, disaient les femmes effrayées.
Mais Monsieur Quico se moquait de la peur de ces bonnes gens.
—Allons, fouette, cocher!... fouette!
La voiture continuait d’avancer quand soudain quinze ou vingt gendarmes surgirent: toute une nuée de tricornes, avec un vieil officier en tête. Par les portières les canons des fusils furent braqués sur le bandit qui demeura immobile et calme, pendant que les femmes et les gamins se rejetaient en criant au fond de la diligence.