—Bolson, descends ou tu es mort! dit le lieutenant.
Bolson descendit avec son satellite. Avant de mettre pied à terre, il était déjà désarmé. Il était encore sous le charme des belles paroles de son protecteur et il ne songea point à résister pour ne pas rendre impossible sa grâce par un nouveau crime. Il appela le boucher et le pria de courir avertir don José: c’était sans doute une erreur, un ordre mal compris.
Pendant que Bolson était poussé violemment vers un bois d’orangers voisin, le boucher rebroussa chemin au pas de course, passant au milieu des gendarmes qui coupaient la retraite à la diligence.
Il n’alla pas loin. Il rencontra, monté sur son bidet, un des alcades qui avait assisté à la fête...
—Don José! Où est don José?
Le campagnard eut un léger sourire... A peine Bolson s’était-il éloigné que le député était parti pour Valence à bride abattue.
Le boucher devina la vérité; il revint en courant vers le bois d’orangers. Mais, avant qu’il l’eût atteint, un fin nuage blanc et cotonneux s’éleva sur les cimes fleuries et une longue détonation retentit dont l’écho sembla ébranler le sol.
On venait de fusiller Bolson.
Le boucher le vit couché à la renverse sur la terre rouge, le corps à demi dans l’ombre d’un oranger, la tête fracassée, sanglante.
Furieux et désespéré, il s’arrachait les cheveux. Nom de Dieu! Était-ce ainsi qu’on tuait les hommes de cette trempe?