Le lieutenant lui mit une main sur l’épaule.

—Toi, apprenti bandit, vois comment meurent les gredins!

«L’apprenti bandit» se retourna d’un air farouche, mais ce fut pour regarder au loin, comme si à travers la campagne il pouvait distinguer le chemin de Valence. Ses yeux, pleins de larmes, semblaient dire: «Gredin, oui! mais plus gredin encore l’homme qui fuit là-bas...»

PERDU EN MER

A deux heures du matin on frappa à la porte de la chaumière.

—Antonio! Antonio!...

Antonio sauta du lit. C’était son compagnon de pêche, qui l’appelait: il était temps de partir pour la mer.

Antonio avait peu dormi cette nuit-là. A onze heures, il bavardait encore avec Rufina, sa pauvre femme, qui se retournait, inquiète, dans le lit, en parlant des affaires. Elles ne pouvaient aller plus mal. Quel été! L’année passée, les thons couraient la Méditerranée, en bandes interminables, et, les plus mauvais jours, on en tuait deux ou trois cents arrobas[Q]; l’argent circulait comme une bénédiction de Dieu; les bons sujets, comme Antonio, avaient fait des économies et acheté une barque pour pêcher à leur compte.

Le petit port était plein. Une vraie flotte l’emplissait toutes les nuits, sans espace presque pour se mouvoir; mais avec la multiplication des barques était venue la disette de poisson.

Les filets n’amenaient que des algues ou du menu fretin; de ces méchants petits poissons, qui fondent dans la poêle. Cette année les thons avaient pris un autre chemin et aucun pêcheur ne réussissait à en hisser un seul sur sa barque.