Un cavalier, qui semblait revenir du lieu de la fête, la croisa au trot et ôta son chapeau pour la saluer. Hélène reconnut Manos Duras et sourit machinalement en réponse à son salut respectueux. Puis, sans bien se rendre compte de ce qu’elle faisait, elle l’appela de la main. Le gaucho fit faire demi-tour à son cheval, s’approcha de la voiture et se mit à marcher à hauteur des roues.

—Comment allez-vous, Madame la Marquise? Pourquoi êtes-vous si pâle?

Hélène fit un effort pour retrouver son calme.

Sans doute les traces de l’émotion qu’elle venait d’éprouver étaient encore visibles sur son visage; il fallait qu’elle arrivât à la fête tranquille et souriante, et que nul ne pût deviner l’outrage qu’elle avait reçu.

Comme pour mettre fin promptement à son entretien avec Manos Duras, elle lui demanda avec une gaieté forcée:

—Vous m’avez bien dit un jour que vous aviez beaucoup d’estime pour moi et que vous seriez toujours prêt à exécuter un de mes ordres, quelque terrible qu’il fût?

Manos Duras salua, la main à son chapeau, et sourit en découvrant ses dents de loup.

—Ordonnez, Madame. Désirez-vous que je tue quelqu’un?

Tandis qu’il parlait, le désir brillait dans ses yeux. Elle eut un geste d’effroi hypocrite.

—Tuer? Oh! non... quelle horreur! Pour qui me prenez-vous?... Le service que j’aurai l’occasion de vous demander peut-être sera bien plus agréable pour vous... Nous en reparlerons.