—Vous n’avez donc pas assez de tous ces hommes que vous rendez fous? Il vous faut encore voler ceux qui sont à d’autres femmes?

Hélène la regarda des pieds à la tête sans répondre un mot. Elle essayait de l’impressionner avec des airs de supériorité...

—Je ne vous connais pas, petite! dit-elle enfin. J’ai idée, d’ailleurs, qu’il y a entre nous une trop grande différence de classe et d’éducation; nous en resterons là, s’il vous plaît.

Elle essaya de l’écarter et de passer, mais Celinda, irritée par cette réponse méprisante, leva le rebenque qu’elle tenait dans sa main droite.

—Eh! diable en jupons!

Elle abattit son fouet sur le visage d’Hélène, mais l’autre se mit aussitôt en défense et saisit le bras de son adversaire. Une intense pâleur se répandit sur son visage et ses yeux, agrandis par la surprise, lancèrent un éclair fauve. Puis elle dit d’une voix rauque:

—Bien, petite, ne vous mettez pas en peine. Je compte ce coup comme reçu. C’est un cadeau que l’on n’oublie pas; je m’en souviendrai quand je le jugerai bon.

Elle lâcha le bras de Celinda; celle-ci, déjà calmée, le laissa retomber, comme honteuse de son agression.

Hélène profita de ce mouvement d’hésitation pour sauter dans la voiture. Elle toucha le conducteur à l’épaule. Le métis était resté endormi jusqu’à ce moment, le cigare à la bouche, et ne s’était pas rendu compte de ce qui s’était passé à côté de son véhicule.

A peine sortie du village, Hélène aperçut au loin le parc improvisé et la multitude qui s’agitait tout autour.