Sa voix avait des inflexions tendres, mais un rictus de rage tordait les coins de sa bouche. Elle mit son chapeau et sortit. Du haut du perron elle put voir la rue complètement déserte.
Tous les habitants du village se trouvaient autour du parc improvisé. Canterac et l’entrepreneur chacun de leur côté avaient décidé que ce jour serait férié et donné congé à leurs hommes.
Devant la maison attendait une petite voiture à quatre roues; un métis dormait sur le siège, gardant entre ses lèvres épaisses et bleues un cigare de Paraguay, tandis qu’un essaim de mouches bourdonnaient autour de son visage en sueur.
Hélène pensa à ses admirateurs qui sans doute guettaient avec impatience son arrivée. Ils s’étaient abstenus de venir la chercher parce que la veille elle avait exprimé le désir de se rendre à la fête seulement accompagnée de son époux. Une femme doit éviter de donner prise à la calomnie.
Elle s’écartait de la maison pour gagner la voiture, quand elle entendit un galop de cheval. Un cavalier venait de surgir d’une ruelle voisine. C’était la Fleur du Rio Negro.
Le mystérieux instinct de la haine fit qu’Hélène devina sa présence avant de l’avoir aperçue. Sans attendre que le cheval fût arrêté l’intrépide amazone se laissa glisser de sa selle. Puis elle s’avança avec la démarche lourde du cavalier qu’étonne encore le contact du sol:
—Madame, un mot seulement.
Et elle se plaça entre la marquise et le marchepied de la voiture pour lui barrer le passage.
Malgré sa fierté, Hélène fut troublée par le regard dur de la jeune fille. Cependant elle eut un mouvement hautain qui demandait «Est-ce bien moi que vous cherchez.» Celinda comprit et répondit d’un geste affirmatif.
La marquise, toujours muette, lui fit signe de parler, et la fille de Rojas dit d’un ton agressif: