Robledo regarda les deux adversaires. Contenus chacun par un groupe d’hommes ils s’insultaient de loin et bavaient des injures, les yeux injectés de sang. Tous deux avaient brusquement oublié l’espagnol et ils bredouillaient les mots les plus sales de leurs langues respectives.
Puis il contempla la marquise de Torrebianca qui, soutenue par Watson, gémissait comme une fillette.
«Il ne manquait plus que ce scandale! se dit-il. J’ai peur que cette femme ne soit bientôt cause de la mort d’un homme.»
XIII
Watson et Robledo, préoccupés par l’événement qui s’était produit quelques heures auparavant dans le parc inventé par Canterac, terminèrent silencieusement leur repas.
Un obstacle infranchissable semblait s’être élevé entre eux. Watson montrait un visage assombri et évitait de regarder Robledo qui levait de temps en temps les yeux sur son associé avec un sourire plein d’amertume. Il pensait à Hélène, ce cruel despote, qui peut-être avait excité Richard contre lui.
Le jeune homme quitta la table, prit congé en murmurant quelques mots indistincts et saisit son chapeau pour sortir.
—Il va la voir, se dit l’Espagnol; loin d’elle, il ne vit plus.
Dans la rue centrale, Watson rencontra des groupes qui discutaient avec ardeur. Les rectangles rouges que projetaient sur le sol les portes du bar étaient souvent voilés par l’ombre de gens qui entraient ou sortaient.
Il devina que tous commentaient l’événement du jour en prenant fait et cause soit pour l’ingénieur, soit pour l’entrepreneur.