Quand il arriva chez Hélène, Sébastienne le reçut au sommet du perron. La métisse elle-même était préoccupée par les incidents de l’après-midi.

Elle regarda Richard avec sévérité; sans doute, elle pensait à Celinda. «Ah! les hommes! Ce gringo qu’elle avait pris pour un bon garçon, il était tout aussi vicieux que les autres.»

Le jeune homme passa sans remarquer ce regard et trouva dans la grande salle Hélène qui semblait l’attendre.

Il voulut prendre un fauteuil, mais la marquise s’y opposa.

—Non, ici, à côté de moi. Personne ainsi ne pourra nous entendre.

Et elle l’obligea à s’asseoir sur le sofa, tout près d’elle.

Son visage était pâle, son regard dur et elle semblait encore sous l’impression désagréable des événements récents. La rixe entre Pirovani et Canterac était passée dans sa mémoire au second plan, mais l’image de Celinda, le fouet levé, la tourmentait sans cesse, et elle en frémissait encore de rage. Elle oublia sa rancune en voyant arriver ponctuellement Richard qu’elle avait prié de venir passer la soirée chez elle. Elle remarqua que Watson regardait avec inquiétude les portes de la salle et crut devoir le rassurer.

—Personne ne viendra. Mon mari est dans sa chambre, accablé par une mauvaise nouvelle qu’il a reçue d’Europe... un malheur de famille que nous attendions depuis quelque temps et qui ne me touche pas beaucoup moi-même.

Puis, changeant de ton et de visage, elle continua:

—Combien je vous remercie d’être venu!... Je tremblais à la pensée qu’il me faudrait passer seule les longues heures de la soirée. Je m’ennuie tant ici!... C’est pour cela qu’aujourd’hui, en nous séparant, je vous ai supplié de ne pas m’abandonner...