Et en prononçant ces mots elle prit la main de Watson qu’elle contempla de ses yeux caressants.

Le jeune homme se sentit flatté par ce regard dans sa vanité masculine, mais immédiatement le souvenir des incidents de l’après-midi lui revint à la mémoire.

—Pourquoi ces deux hommes se sont-ils battus? Est-ce pour vous?

Elle hésita d’abord, puis, détournant les yeux, elle répondit avec détachement.

—Peut-être; mais je les méprise tous les deux. Vous seul existez pour moi, Richard.

Elle lui posa les mains sur les épaules et approcha de lui son visage; son corps souple s’étira avec une ondulation féline.

—Il me semble, murmura-t-elle, que nous sommes près de franchir les bornes d’une tranquille amitié. Vous ne savez pas comme vous m’intéressez.

Ils se sentaient enhardis par la solitude et par la force de leur désir. En quelques minutes ils allaient parcourir des étapes que dans son inexpérience le jeune homme s’attendait à voir durer fort longtemps. Hélène pensait à la jeune amazone qui avait tenté de la frapper. Outragée dans son orgueil, elle voulait une prompte vengeance, et cyniquement, elle se disait avec un rire contenu qui faisait briller son regard:

—Puisque tu es jalouse, ce ne sera pas sans motif. Je te rendrai bien ton coup de cravache.

De plus, elle songeait à ces deux hommes qui s’étaient colletés devant elle, sans qu’elle éprouvât aucune émotion véritable et, avec l’étrange logique d’un cerveau désordonné, elle arrêtait que le plus sûr moyen de rétablir la paix entre eux était de se donner à un troisième, plus digne qu’elle le distinguât.