—Mon ancien patron, don Pirovani, demande à voir Madame. Il dit que c’est très pressé.

Richard se leva pour partir; Hélène le supplia de rester, lui promettant de congédier l’intrus au plus tôt. Mais le jeune homme avait repris son sang-froid et s’était rendu compte du danger qu’il venait de courir; il saisit l’occasion qui se présentait et se retira, désireux de ne pas rester seul avec elle à nouveau. Sur le seuil il heurta presque l’entrepreneur qui entrait, saluant de très loin «Madame la Marquise».

Il lui serra la main et disparut incontinent.

Hélène ne chercha pas à dissimuler l’irritation que lui causait cette visite inopportune; elle reçut l’Italien avec une visible mauvaise humeur.

Elle resta debout pour lui faire comprendre que leur entrevue devait être brève; mais l’autre, préoccupé, lui demanda la permission de s’asseoir et prit un fauteuil avant même qu’elle eût répondu. La Torrebianca se contenta de s’appuyer au bord d’une table.

—Mon mari est indisposé, dit-elle, et a besoin de mes soins. Ce n’est pas bien grave: l’émotion que lui a causée un malheur de famille. Mais parlons de vous: quel sujet vous amène ici à une heure pareille?

Pirovani resta un moment sans répondre, pour donner ainsi plus de solennité aux paroles qu’il allait prononcer.

—Monsieur de Canterac estime qu’après l’incident de ce soir nous devons nous mesurer dans un duel à mort.

Hélène, qui ne pensait qu’à Watson et qui supportait mal la présence de celui qui l’avait mis en fuite, eut un mouvement qui marquait que la nouvelle l’intéressait peu. Puis elle essaya de dissimuler son indifférence et dit:

—Cette proposition n’a rien d’extraordinaire. Si j’étais un homme j’agirais de même.