Pirovani, qui avait hésité jusqu’alors parce qu’il trouvait stupide le défi de Canterac, se leva de son fauteuil d’un air décidé.
—Eh bien, dit-il, puisque vous l’approuvez, c’est dit. Je me battrai contre le Français; je me battrai s’il le faut contre la moitié du monde pour vous prouver que je suis digne de votre estime.
En parlant ainsi il avait saisi une main d’Hélène, mais cette main lui sembla si molle et si froide qu’il la lâcha avec découragement. Elle se tourna d’un air las vers les pièces intérieures de la maison, où se trouvait son mari. Pirovani comprit qu’il devait se retirer, et il se hâta d’obéir, mais en se dirigeant vers la porte il n’épargna pas à la marquise les déclarations et les gestes d’un amoureux qui veut faire admirer son héroïsme.
Restée seule enfin, Hélène appela Sébastienne à grands cris. La métisse ne se hâta pas d’accourir. Elle avait dû accompagner jusqu’à la porte de la rue son ancien patron.
—Essaie de rejoindre M. Watson, ordonna-t-elle vivement. Il ne doit pas être loin, dis-lui de revenir.
La métisse sourit, baissa les yeux et dit avec une feinte naïveté:
—Ce serait difficile de le rattraper! Il est parti comme une bombe, ou comme s’il avait le diable à ses trousses.
En sortant de son ancienne maison, Pirovani se rendit chez Robledo. L’Espagnol lisait un livre qu’il tenait appuyé contre la lampe à pétrole posée au centre de la table. En voyant entrer l’entrepreneur il l’accueillit avec des exclamations et des gestes de reproche.
—Eh bien! qu’est-ce qui vous a donc pris?... Un homme de votre âge et de votre caractère... Mais vous êtes pire qu’un gamin de quinze ans qui se bat pour sa fillette.
L’Italien, l’air hautain, n’accepta pas cette réprimande trop tardive et secrètement fier de ce qu’il annonçait, il dit avec solennité: