—La patronne est dans sa chambre et le marquis est parti avec sa maudite boîte de pistolets. Je croyais qu’il était avec vous... Entrez, don Robledo; je vais prévenir Madame.

L’ingénieur n’ignorait pas que Torrebianca se trouvait chez lui avec les autres témoins; mais il avait besoin de parler immédiatement à Hélène. Pourtant, il recula en voyant Sébastienne ouvrir la porte toute grande pour l’inviter à entrer. Il eut peur de se trouver seul avec la marquise dans la salle. Il fallait que leur entrevue fût courte. D’ailleurs le mari pouvait arriver et il lui serait difficile d’expliquer sa présence dans la maison, alors qu’il venait de le voir et de lui parler dans sa propre demeure.

—Je n’ai pas grand’chose à dire à ta patronne... Il vaut mieux qu’elle vienne à la fenêtre de sa chambre.

La métisse ferma la porte et Robledo, avançant sur la galerie extérieure, passa devant plusieurs fenêtres. Un instant après, l’une d’elles s’ouvrit et la marquise s’y montra, les cheveux dénoués; un peignoir négligemment jeté sur ses épaules laissait à découvert une grande partie de ses bras et de sa gorge.

Elle s’était habillée précipitamment, et semblait effrayée; avant même que Robledo l’eût saluée elle demanda d’une voix angoissée:

—Un malheur est arrivé à Watson? Pourquoi venez-vous ici à pareille heure?

Robledo sourit ironiquement avant de répondre.

—Watson est en bonne santé, et si je viens à pareille heure, c’est pour vous parler d’un autre homme.

Puis il fixa sur elle un regard sévère et continua lentement:

—Au lever du soleil deux hommes vont s’entretuer. Cette tragique folie m’ôte le sommeil, et je suis venu vous dire: «Hélène, empêchez ce malheur.»