Sûre maintenant que Watson était sauf, elle répondit avec humeur:

—Que voulez-vous que j’y fasse? Ils peuvent bien se battre si cela leur plaît... C’est le fait des hommes.

Robledo fut consterné de cette cruauté.

—Je ne suis qu’une femme, continua-t-elle, mais ces combats ne m’effraient pas. Frédéric s’est battu une fois pour moi peu de temps après notre mariage. Là-bas, dans mon pays, plus d’un homme a risqué sa vie pour m’être agréable, et je n’ai jamais essayé de l’empêcher.

Elle eut une moue de mépris et ajouta:

—Vous voudriez que j’aille prier ces deux messieurs de ne pas risquer leur précieuse vie, pour qu’ensuite chacun d’entre eux vienne me réclamer quelque faveur en échange de son obéissance?... D’ailleurs, si j’intervenais dans cette affaire ils croiraient tous deux qu’ils m’inspirent beaucoup d’intérêt, et je me moque de l’un et de l’autre... S’il s’agissait d’un autre homme, peut-être céderais-je à votre prière.

L’Espagnol hocha la tête en entendant ces mots: «autre homme», et un instant l’image de son associé lui apparut. Hélène le regardait maintenant avec pitié.

—Dormez tranquille, Robledo, comme je vais dormir moi-même. Laissez ces deux orgueilleux annoncer qu’ils vont se tuer. Il n’arrivera rien de grave, vous verrez.

Elle s’écarta un peu de la fenêtre, par peur des jejenes et de tous les insectes sanguinaires qui, attirés par sa chair appétissante, commençaient à bourdonner autour de ses épaules et l’obligeaient à les chasser de la main tout en parlant.

—Si vous voyez Watson, dites-lui que je l’ai attendu toute la journée. Avec cette histoire de duel on ne peut plus lui parler... A demain, passez une nuit bien tranquille.