Sébastienne qui s’était levée pour mieux le voir crut l’entendre murmurer avec un accent joyeux:

—Au lieu d’une, j’en aurai deux.

Mais cette fois encore, elle n’était pas sûre d’avoir bien entendu. Elle finit par regagner à travers la cour le réduit où elle avait son grabat, quelque peu déçue par les maigres résultats de sa surveillance.

Une chose cependant s’était fixée dans sa mémoire et l’empêchait de trouver le sommeil. Les deux interlocuteurs avaient-ils vraiment prononcé le nom de mademoiselle Rojas?

A plusieurs reprises, elle se demanda encore: «Qu’est-ce que ces gens pouvaient bien dire de ma fillette?»

Robledo lui aussi passa une nuit agitée. Il avait installé Torrebianca dans la chambre qu’il avait déjà occupée avec sa femme lors de son arrivée à la Presa. Epuisé par les émotions de la journée, le marquis avait enfin consenti à rester chez son ami.

Deux fois, l’Espagnol s’éveilla au cours de la nuit et prêta l’oreille pour mieux entendre. De la chambre voisine, où se trouvait son ami, lui parvenaient des gémissements et des mots prononcés à demi.

—Frédéric, as-tu besoin de quelque chose?

Son ami lui répondait alors d’une voix faible et accablée puis s’efforçait de demeurer silencieux.

Quand Robledo s’éveilla pour la troisième fois, la lumière du jour marquait de lignes claires les fentes de sa fenêtre. Un bruit l’avait tiré de son sommeil et l’avait forcé à sauter du lit.