Il entra dans la salle commune qui servait aussi de salle à manger et y trouva Watson penché sur une chaise, en train de chausser ses éperons. La chaise était tombée et c’est ce bruit qui avait réveillé Robledo. Et apercevant son associé, l’Espagnol lui dit avec gaîté:
—Comme vous êtes matinal!... Je vous ai pourtant entendu rentrer bien tard hier.
Watson, qui semblait triste, se borna à répondre:
—Comme nous ne travaillons pas aujourd’hui, je vais galoper un peu dans la campagne.
Quand le jeune homme fut parti, Robledo acheva de s’habiller et se mit à marcher de long en large dans la salle à manger. A chaque fois qu’il passait devant la porte de la chambre occupée par Torrebianca, il était tenté d’entrer. Il voulait voir son ami. Un vague pressentiment le tourmentait.
«Allons voir comment il a passé la nuit», se dit-il.
Il ouvrit la porte, regarda à l’intérieur de la pièce et fit un geste d’étonnement. Il n’y avait personne; le lit, avec ses couvertures en désordre, était vide. L’Espagnol demeura tout pensif. Il s’imagina d’abord que Frédéric n’ayant pu dormir de la nuit était sorti à l’aube pour marcher un peu.
Instinctivement, il se mit à regarder autour de lui et à examiner la chambre. Sur la table étaient dispersés des papiers et sur chacun il reconnut une ou deux lignes de l’écriture de Torrebianca: des lettres commencées que le marquis avait jugé inutile de continuer.
Il prit un des papiers: «Je te suis reconnaissant des efforts que tu as faits, mais je ne peux plus...» Sur un autre il lut: «La seule femme qui m’ait véritablement aimée, ma mère, est morte. Ah! si j’étais sûr de la retrouver!»
Robledo continua l’examen des autres feuilles. Il n’y trouva que quelques lignes raturées ou des mots inintelligibles. Torrebianca avait essayé d’écrire mais il avait finalement renoncé à cet effort. Il crut voir son ami, au milieu de la nuit, jeter sa plume, qu’il venait de trouver sur le plancher, et dire avec l’indifférence de celui qui déjà croit s’être dégagé des soucis d’ici-bas: «A quoi bon!»