Ce rancho en ruines, dit de la India muerta, était bien connu dans la région et cependant peu de gens s’y étaient rendus car il servait uniquement de refuge aux vagabonds soucieux de continuer leur voyage sans être vus des gens du pays.

—Nous les trouverons là-bas, répéta le petit métis, s’ils n’ont pas filé plus loin.

Quand Robledo rentra chez lui, fatigué d’avoir inutilement cherché son ami, il fut aussi désagréablement surpris que l’avait été Watson à peu près à la même heure en arrivant à l’estancia de Rojas.

Il trouva assise sur le seuil Sébastienne qui semblait l’attendre, à en juger du moins par l’air satisfait qu’elle prit pour le recevoir. De son côté, il fut tout heureux de la retrouver car il s’imagina que Frédéric la lui envoyait pour lui expliquer sa fuite. Peut-être cet homme faible était-il revenu aux côtés de sa femme convaincu une fois de plus par ses arguments mensongers.

—C’est votre patron qui vous envoie?... M’apportez-vous une lettre de lui?

Sébastienne écouta ses questions avec une surprise qui élargissait ses yeux bridés.

—Quel patron? Le marquis?... Je n’ai pas de nouvelles de lui. Je le croyais ici. Je viens pour autre chose.

Avec des soupirs de lassitude elle avait remis son corps massif dans la position verticale; baissant le ton elle dit:

—Je n’ai pu dormir de toute la nuit et je suis venue vous voir, don Manuel, pour vous demander de répondre à une petite question.

L’ingénieur se résigna à cette consultation avec une patience non exempte d’ironie; mais dès que la métisse eut commencé son visage se transforma et il écouta chacune de ses paroles avec une attention concentrée.