—Ils nous ont découverts, murmura l’estanciero. Tant mieux! nous en finirons une fois pour toutes.
Watson se rendit compte qu’il était impossible d’attendre plus longtemps et le suivit vers la base du mamelon jusqu’à l’endroit où se trouvait le cheval. Don Carlos se mit en selle après s’être assuré que son revolver jouait facilement dans sa gaine. Richard marchait à pied, appuyé sur une des jambes de Rojas. Tous deux se dirigèrent franchement vers le rancho.
Quand ils y arrivèrent, précédés par les chiens qui reculaient sans cesser de montrer leurs crocs et d’aboyer avec fureur, ils aperçurent les deux hommes de la Cordillère, encore à cheval, et Piola avec sa carabine appuyée contre la poitrine, prêt à faire feu. Don Carlos s’adressa à lui comme s’il eût été le chef.
—Où est ma fille? demanda-t-il violemment.
Le gaucho andin l’écouta avec un visage impassible et feignit de ne pas comprendre.
—Pas de mots inutiles, continua l’estanciero. Si c’est de l’argent que vous voulez, causons; nous nous entendrons peut-être.
Piola garda le silence. Pendant ce temps, obéissant peut-être à un signe de lui, les deux cavaliers s’éloignèrent pour examiner l’horizon. L’un d’entre eux revint seul et, mettant pied à terre, prononça quelques mots à voix basse. On ne voyait personne aux environs. Les chiens aboyaient toujours et rôdaient inquiets, mais c’était le résultat de la première alerte. Ces deux hommes étaient certainement venus seuls.
Rojas fit de nouvelles offres et, donnant à sa voix un ton de douceur exagérée, il s’efforça de contenir son indignation.
—Je ne sais pas de quoi vous parlez, monsieur, répondit enfin Piola. Vous vous trompez, je n’ai jamais vu cette demoiselle.
—Oseriez-vous prétendre que vous n’êtes pas des amis de Manos Duras?