Certes, il regrettait d’être séparé de ses petits-fils, mais la séparation ne serait pas bien longue. Quand Celinda et son gringo de mari reviendraient, l’aîné aurait juste l’âge d’apprendre de son grand-père comment tout vrai criollo doit monter à cheval.

Pour le moment le petit garçon jouait avec Robledo, fort occupé d’escalader ses genoux pour se laisser ensuite retomber sur le tapis.

—Carlitos, mon trésor, supplia la mère, laisse donc en paix l’oncle Manuel.

Et elle ajouta pour répondre à ce que Robledo avait dit de son père.

—C’est vrai, il n’a pas voulu, mais cela ne m’empêche pas d’être triste quand je pense qu’il pourrait être ici et voir tout ce que nous voyons.

Une jeune dame élégamment vêtue s’approcha du groupe; c’était l’institutrice française chargée de l’éducation de Carlitos. Elle venait le chercher pour l’emmener au bois de Boulogne. La mère le couvrit de tendres caresses sans réussir à calmer ses protestations d’enfant gâté.

—Je veux rester avec l’oncle Manuel!

Mais l’oncle Manuel avait besoin de sortir seul, il l’expliqua au jeune tyran et s’excusa.

—Si tu obéis à ta maman et si tu vas au Bois avec la demoiselle, ce soir quand tu te coucheras je te raconterai une longue, longue histoire!

Carlitos prit acte de la promesse et se laissa emmener par l’institutrice sans se rebeller plus longtemps.