Robledo essaya, au cours de divers séjours à Buenos-Ayres, d’obtenir quelques renseignements sur ce Moreno qui s’était enfui avec Hélène.

Il n’eut jamais de nouvelles certaines. Tous deux s’étaient perdus en Europe comme dans une mer qui se fût refermée sur leur tête en les engloutissant à jamais.

«Elle doit être morte, finissait par dire l’Espagnol. Elle est certainement morte. Une femme pareille ne saurait vivre longtemps.»

Et pendant quelques mois il cessait de penser à elle, puis des allusions lancées par quelque habitant primitif de la colonie venaient ranimer ses souvenirs.

Quand il descendit les marches de la station située près de l’Arc de Triomphe, il avait oublié complètement son compagnon et sa redoutable épouse. Il se sentit enveloppé et entraîné par le flot humain qui s’enfonçait dans les profondeurs du Métro et le train souterrain l’emporta à l’autre bout de Paris.

Il passa plus de deux heures chez son ami l’inventeur qui habitait un petit logement dans une rue donnant sur les boulevards extérieurs et, à la nuit tombante, il se retrouva à pied, marchant par le boulevard Rochechouart vers la place Pigalle.

Il se trouvait en pays presque inconnu.

Les excursions qu’il avait faites à Montmartre, pour accompagner des Sud-Américains avides de connaître les délices puériles et frelatées des restaurants nocturnes, ne l’avaient jamais conduit au delà de cette place. D’ailleurs, ce coin de Paris offre la nuit un spectacle trompeur qui fait contraste avec l’aspect médiocre qu’il présente pendant le jour.

Un public d’allure banale et vulgaire fréquentait le boulevard qu’il suivait.

Le soir tombait et peu à peu on voyait augmenter le nombre de ces femmes aux atours fallacieux qui attendent le crépuscule et sa lumière incertaine pour se lancer à la chasse de l’homme et de leur pain.