Demeuré seul, l’Espagnol tendit un billet au garçon pour payer la bouteille et sortit sans attendre la monnaie. Une fois sur le boulevard il regarda vainement de tous côtés. Hélène avait disparu.

Il ne la reverrait plus. Quand elle mourrait, il ne recevrait pas la nouvelle de sa mort. Jusqu’à la fin de ses jours il ne saurait jamais de façon certaine si l’autre vivait encore. Mais, après l’avoir rencontrée, il devinait quelle serait sa fin. Elle était de celles qui quittent la vie tragiquement, mais sans fracas, sans que leur nom soit prononcé, car elles ont survécu des années durant à leur histoire morte.

—Et c’est là cette Hélène, se dit-il, qui, semblable à celle dont parle le vieux poète, a déchaîné la guerre entre les hommes dans un coin de la terre.

Indécis, il se demandait encore si cette femme avait été vraiment mauvaise et pleinement responsable de sa perversité... Dans sa quête avide des plaisirs de la vie avait-elle marché, inconsciente, sans voir ce qu’elle écrasait sous ses pieds?

Tout en cherchant une voiture il conclut:

«Il aurait mieux valu pour elle qu’elle fût morte douze ans plus tôt... Pourquoi vit-elle encore?»

Il sourit avec tristesse en pensant à la relativité dès valeurs humaines; comme l’importance d’un être dépendait du milieu où il était jeté!

«Cette loque a été semblable à l’héroïne d’Homère dans un pays à demi sauvage où on connaît très peu de femmes! Que diraient maintenant ceux qui ont fait tant de folies pour elle, s’ils la voyaient telle que je viens de la voir?»

Quand il arriva à l’hôtel, Watson et sa femme venaient de rentrer de leur promenade.

Deux domestiques portaient derrière Celinda d’énormes paquets: les achats de l’après-midi.