—Quand vous m’aurez conté tous vos exploits continua-t-elle, j’écrirai un poème épique dans une note moderne, où je rapporterai les aventures de votre vie. Les hommes ne m’intéressent que lorsqu’ils sont des héros.
Et Robledo de nouveau fut pris de terreur. La comtesse ne trouvant plus à sa portée d’invités à qui présenter son héros, le conduisit dans un cabinet resté vide sans doute à cause des odeurs qui y parvenaient, à travers un rideau, de la cuisine toute proche. Elle occupa un fauteuil vaste comme un trône et pria Robledo de s’asseoir. Il chercha une chaise mais elle lui montra un tabouret à ses pieds.
—Notre intimité sera plus grande ainsi. Vous serez comme un page d’autrefois prosterné devant sa dame.
Robledo ne pouvait cacher la stupéfaction que lui causaient ces paroles, mais il finit par se placer comme elle voulait, bien que sa corpulence lui rendît ce siège fort désagréable.
La Titonius copiait les gestes puérils et le zézaiement de son amie; mais ces imitations de l’enfance n’étaient plus chez elle que grotesques.
—Maintenant que nous sommes seuls—dit-elle—j’espère que vous parlerez en toute liberté; je vous répète ma question de l’autre jour:
—Que pensez-vous de l’amour?
Robledo, surpris, finit par balbutier:
—Oh, l’amour!... c’est une maladie... oui, c’est bien cela, une maladie, que les gens subissent depuis des milliers d’années sans trop savoir en quoi elle consiste.
La comtesse, à cause de sa myopie, s’était rapprochée beaucoup de lui; elle dédaignait de faire usage du face à main d’écaille qu’elle tenait entre ses doigts.