L’homme se croyait mieux informé.
—On m’a dit que ces bijoux étaient faux, aussi faux que ceux de notre poétique comtesse. Les Torrebianca ont gardé l’argent que Fontenoy avait donné pour payer les vrais; peut-être aussi ont-ils vendu les vrais qu’ils ont remplacés par des imitations.
La femme eut un soupir on entendant le nom de Fontenoy.
—Cet homme est bien près de sa ruine. Tout le monde le dit. On parle même de tribunaux et de prisons... Elle est vorace, la Russe!
L’homme eut un sourire incrédule.
—La Russe?... On l’a connue enfant à Vienne où elle chantait ses premières romances dans un music-hall. Un ancien diplomate affirme de son côté qu’elle est espagnole, mais née d’un père anglais... Nul ne connaît sa véritable nationalité, peut-être l’ignore-t-elle elle-même.
Robledo se leva de son siège. Il était indigne de lui de rester là et d’écouter sans rien dire ces propos offensants pour ses amis. Mais avant qu’il eût pu s’éloigner il entendit derrière lui une double exclamation d’étonnement.
—Voici Fontenoy, dit la femme, le grand protecteur des Torrebianca! Il est bien étonnant de le voir dans cette maison; il n’y vient jamais, car il a peur que la comtesse lui emprunte aussitôt de l’argent!... Quelque chose d’extraordinaire est arrivé!
Dans le groupe élégant, l’ingénieur reconnut Fontenoy qui saluait les Torrebianca. Il souriait aimablement, et Robledo ne remarqua dans sa personne rien d’extraordinaire. Même il n’avait plus cette expression préoccupée que donne l’approche menaçante des échéances. Il semblait plus sûr de lui et plus calme que d’autres fois. Seule semblait anormale l’amabilité exagérée qu’il affectait en parlant aux gens.
L’Espagnol, qui l’observait de loin, le vit faire des yeux un léger signe à Hélène. Puis, avec indifférence, il s’éloigna du groupe pour se rapprocher lentement du cabinet solitaire que Robledo au début de la soirée avait occupé avec la comtesse.