Le ton accusateur de ces paroles troubla Torrebianca. Ses yeux se mouillèrent et il courba le front comme écrasé par le remords d’une action basse. Ses lèvres tremblèrent et Robledo crut apercevoir qu’elles murmuraient: «Maman! ma pauvre maman!»

Maîtrisant son émotion, Frédéric releva la tête.

—Crois-tu, dit-il, qu’elle sera plus heureuse de me voir en prison?

L’Espagnol haussa les épaules.

—Tu n’as pas besoin d’aller en prison pour continuer à vivre. Je te demande seulement de te laisser conduire par moi et de m’obéir sans me faire perdre de temps.

Après un coup d’œil sur les journaux qui se trouvaient sur la table, il ajouta:

—Comme je crois ton salut à peu près impossible, demain nous partirons pour l’Amérique du Sud. Tu es ingénieur; là-bas en Patagonie tu pourras travailler à mon côté... Acceptes-tu?

Torrebianca demeura impassible comme s’il n’eût pas compris cette proposition ou l’eût jugée absurde et indigne d’une réponse. Robledo parut s’irriter du silence de son ami.

—Pense donc aux documents que tu as signés pour servir Fontenoy et qui affirment l’excellence d’affaires que tu n’avais même pas étudiées.

—Je ne pense qu’à cela, répondit Frédéric; c’est pourquoi je trouve que ma mort est nécessaire.