L’Espagnol ne put retenir son indignation et se levant de sa chaise, il se mit à crier:
—Mais je ne veux pas que tu meures, triple sot. Je t’ordonne de vivre et tu dois m’obéir... Imagine-toi que je suis ton père... non pas ton père, puisqu’il est mort quand tu étais tout enfant... figure-toi que je suis ta mère, ta vieille maman qui t’aime tant, et qu’elle te dise: «Obéir à ton ami c’est m’obéir à moi.»
Il parlait avec véhémence et Torrebianca fut si troublé qu’il dut porter la main à ses yeux. Robledo profita de ce moment d’émotion pour lancer ce qu’il avait de plus important et de plus difficile à dire.
—Je t’emmènerai d’ici. Tu viendras en Amérique où tu pourras trouver une existence nouvelle. Tu travailleras durement, mais le travail est là-bas plus noble et plus profitable que dans le vieux monde; tu subiras bien des souffrances et peut-être à la fin deviendras-tu riche; mais pour cela il faut venir... seul avec moi.
Le marquis se dressa et découvrit son visage. Puis il regarda son ami avec un étonnement douloureux. Seul! Comment osait-il lui proposer d’abandonner Hélène? Il aimait mieux mourir et ne plus subir le tourment de penser anxieusement à toute heure au sort de sa femme.
La colère s’emparait de Robledo et comme il se montrait vif lorsqu’on tentait de s’opposer à sa volonté, il s’écria d’un ton ironique:
—Ton Hélène!... Ton Hélène!... est...
Il se repentit en voyant le visage de Frédéric et pour essayer de justifier son accent agressif il continua:
—Ton Hélène est en grande partie responsable de la situation où tu te trouves aujourd’hui. C’est pour elle que tu as signé ces documents qui te déshonorent dans ta profession.
Frédéric courba la tête, mais l’autre continua d’attaquer.