—Et Robledo, quand revient-il? demanda-t-il.
—Je pense qu’il va arriver d’un moment à l’autre. Peut-être même a-t-il débarqué aujourd’hui à Buenos-Ayres. Il amène avec lui des amis.
Le Français, tout en marchant, continua à examiner les dessins du jeune homme, jusqu’au niveau de sa propre demeure, une petite maison de bois. Il jeta les rênes à son domestique métis avec une brusquerie toute militaire et dit à Ricardo, avant d’entrer chez lui:
—Je crois que six mois suffiront pour terminer le premier barrage du fleuve, et vous pourrez, Robledo et vous, irriguer immédiatement une partie de vos terres.
Watson se dirigea vers sa baraque; mais à peine eut-il marché quelques pas qu’il dut faire halte pour répondre au salut d’un homme jeune encore, vêtu d’un costume de ville, et qui avait l’aspect particulier des employés de bureau. Il portait des lunettes rondes d’écaille et serrait sous son bras un grand nombre de cahiers et de feuilles volantes. Il semblait un de ces fonctionnaires laborieux mais routiniers et incapables d’initiative ou d’ambition, qui vivent satisfaits, définitivement accrochés à leur médiocre emploi.
Il s’appelait Timothée Moreno et était né en Argentine de parents espagnols. Le ministre des Travaux publics l’avait envoyé représenter l’administration à la Presa et c’était lui qui était chargé de payer à l’entrepreneur Pirovani les sommes que l’Etat lui devait.
Après avoir salué Watson, il se frappa le front et fit mine de revenir sur ses pas tout en regardant ses papiers.
—J’ai oublié de laisser chez le capitaine Canterac le chèque sur Paris que je lui remets tous les mois.
Puis il haussa les épaules et continua de marcher près de l’Américain.
—Je le lui donnerai en rentrant chez moi. De toutes façons il n’y a pas de courrier avant après-demain.