—Si vous le voulez, dès demain, vous pourrez vous installer dans ma maison; elle est à vous. Pour moi, je trouverai à me loger dans la baraque d’un de mes employés.

Hélène ne fut pas étonnée outre mesure. On eût dit qu’elle attendait depuis longtemps cette proposition qu’elle semblait avoir peu à peu suggérée à l’entrepreneur. Elle eut cependant un geste de refus tout en souriant à Pirovani, en le caressant des yeux. Elle parut enfin s’adoucir. Elle étudierait la proposition et consulterait son mari, avant de se décider.

Elle parla donc au marquis le jour suivant, pendant que Robledo et Watson surveillaient les travaux du fleuve. Torrebianca, malgré la soumission qu’il montrait devant tous les désirs de sa femme, fut scandalisé. Il ne pouvait accepter la générosité de Pirovani.

—Que vont penser les gens, en le voyant nous céder la maison dont il est si fier?

Il secouait énergiquement la tête. La pensée que ce compatriote vulgaire s’instituait son protecteur suscitait en son âme une révolte de caste. L’entrepreneur ne lui était pas antipathique; mais il ne pouvait admettre qu’il fût son égal.

Hélène, irritée par ce refus, se fâcha.

—Ton ami Robledo nous aide bien, et tu ne t’occupes pas de ce que peuvent en dire les gens... Est-il extraordinaire qu’un nouvel ami veuille nous prouver sa sympathie en nous cédant sa maison?

Torrebianca était si accoutumé à obéir à sa femme que ces quelques mots suffirent à briser sa résistance. Cependant, comme il protestait encore, Hélène ajouta pour le convaincre:

—Je comprendrais tes scrupules, si la maison nous était donnée; or, nous la louerons, je l’ai dit à Pirovani. Tu lui paieras le loyer quand l’entreprise dirigée par Robledo aura rétribué ton travail.

Le marquis, résigné, accepta tout. Il paraissait maintenant vieilli, découragé; une souffrance intime semblait le ronger.