Elle avait dû faire un effort pour prononcer ce mot et elle tressaillit quand il passa sur ses lèvres.

Un long silence, un silence lourd, tragique et absolu comme celui qui suit les grandes catastrophes, pesa sur le salon. On eût dit que la maison s’était effondrée et que venait de s’éteindre l’écho du dernier mur écroulé.

—Et... qu’en pensez-vous? se hasarda à demander Jaime, timidement.

—Fais ce qu’il te plaira, répondit froidement la Papesse. Tu sais que nous avons vécu de longues années sans nous voir, nous pouvons donc continuer à nous passer l’un de l’autre durant le reste de notre vie.. Toi et moi, nous ne sommes plus du même sang. Nous pensons de façon différente; nous ne pouvons plus nous comprendre.

—De sorte que je dois me marier? insista-t-il.

—Cela, demande-le à ta conscience. Depuis quelques années les Febrer se sont engagés dans de tels chemins que, désormais, rien de ce qu’ils feront ne peut me surprendre.

Jaime constatait dans les yeux et dans la voix de sa tante, une sorte de joie contenue, comme la volupté de la vengeance, la joie de voir commettre par son ennemi, ce qu’elle considérait comme une infamie. Il en fut irrité.

—Et si je me marie, reprit-il en imitant la froideur de doña Juana, puis-je compter sur vous? Assisterez-vous à la cérémonie?

Ces paroles eurent raison du calme apparent de la Papesse qui, hautaine, se redressa. Les romans qu’elle avait lus, dans sa jeunesse, lui revinrent en mémoire; elle parla comme une reine outragée:

—Monsieur, je suis Genovart par mon père. Ma mère était Febrer, mais leur naissance les faisait égaux. Pour moi, je renie le sang qui va se mélanger à celui de gens vils, meurtriers du Christ.