D'un geste impérieux elle lui montrait la porte, indiquant que l’entretien devait se terminer là-dessus.

Cependant, elle parut bientôt se rendre compte de ce que sa véhémente protestation avait de suranné, de théâtral. Elle baissa les yeux et, avec un air de mansuétude chrétienne, elle dit plus simplement:

—Adieu, Jaime! Que le Seigneur t’éclaire!

—Adieu, ma tante!

Il lui tendit la main machinalement, mais elle retira la sienne et la tint derrière son dos.

Febrer dissimula un sourire, en se souvenant de ce que l’on racontait sur doña Juana. Ce n’était ni par dédain ni par haine qu’elle lui refusait cette marque d’estime; mais elle avait fait vœu de ne plus toucher de sa vie d’autres mains d’hommes que celles des prêtres.

Quand il se retrouva dans la rue, Jaime se mit à murmurer de sourdes injures en regardant les balcons du palais qu’il venait de quitter:

—Vipère, va! se réjouit-elle assez de ce mariage! Oh! je sais bien que lorsqu’il sera un fait accompli, elle feindra la plus vive indignation et criera au scandale devant ses fidèles visiteurs. Peut-être même tombera-t-elle malade de chagrin, afin que tout le monde, dans l'île, la prenne en pitié... Et cependant sa joie est immense! C'est la joie de voir assouvi enfin un désir de vengeance, datant de longues années.

Jaime serrait les poings de rage, à la pensée de donner cette satisfaction à la vieille hypocrite. Et pourtant, dans sa situation désespérée, il allait être obligé d’en venir à ce qu’elle considérait comme le plus grave déshonneur.

Rentré chez lui, il prit son repas, silencieusement, sans savoir de quelle nature étaient les plats que la pauvre Mado lui servait. Pourtant celle-ci, inquiète et troublée depuis la veille, rôdait autour de lui, désireuse d’entamer la conversation, afin d’apprendre les nouvelles.