Et dire que sous peu, les griffes des usuriers viendraient profaner ces choses si vénérables!... Non, il ne pourrait jamais assister à cela. Adieu! Adieu!...
Quand la nuit fut venue, il chercha sur le Borne son ami Toni Clapès. Comptant sur la sympathie et la confiance que celui-ci lui témoignait, il lui emprunta quelque argent.
—Je ne sais quand je pourrai te le rendre... Je quitte Majorque. Que tout s’effondre, mais que je n’y sois pas!
Clapès lui donna plus qu’il ne lui demandait. Toni demeurait dans l'île; avec l’aide du capitaine Valls, il tâcherait d’arranger les affaires de Febrer, si cela était encore possible. Le capitaine était brouillé avec Jaime, depuis la veille, mais cela n’avait nulle importance. Valls était un noble caractère, un ami sûr, qui ne l’abandonnerait jamais.
—Ne dis à personne que je quitte Palma, ajouta Jaime. Toi et Pablo, vous devez être seuls à le savoir...
—Et quand pars-tu?
—Je prendrai le premier vapeur en partance pour Iviça. Il paraît que je possède encore un bout de terre par là: un tas de rochers, couverts de broussailles... une tour presque en ruines, datant de l’époque des pirates. Or, que je sois dans ce coin perdu ou ailleurs, c’est tout un... c’est même beaucoup mieux ainsi. Je chasserai, je pécherai... et je vivrai en sauvage, sans voir personne.
Clapès, se souvenant des conseils qu’il avait donnés à Jaime, la nuit précédente, fut satisfait de constater que celui-ci les avait écoutés. Il lui serra la main affectueusement. Enfin, c’était fini, cette vilaine histoire de la chueta. Son âme! de paysan se réjouissait de cette solution inattendue.
—Tu fais bien de partir, Jaime!... Tes projets d’hier, vois-tu, n’étaient que pure folie!