Il portait, appuyé sur la cuisse, un petit tambour peint en bleu et orné de fleurs et d’arabesques dorées. Son bras gauche reposait sur l’instrument, tandis que la main soutenait sa tête, cachant presque entièrement sa figure entre les doigts et la paume.
De sa dextre, armée d’une courte baguette, il frappait lentement, en mesure, l’un des parchemins et sans faire d’autre mouvement, il demeurait là dans une attitude songeuse, la pensée sans doute concentrée sur son improvisation, et contemplait l’immense horizon bleu à travers ses doigts amaigris.
On l’appelait le Cantó comme tous ceux qui, dans l'île, improvisaient des couplets nouveaux durant les bals et les sérénades.
C'était un jeune garçon, grand, mince, étroit d’épaules, un atlót qui n’avait pas encore atteint dix-huit ans. Souvent une quinte de toux venait brusquement interrompre son chant. Son cou frêle se gonflait et son visage, ordinairement d’une pâleur transparente, rougissait soudain dans l’ardeur de l’improvisation.
Il avait des yeux trop grands, des yeux de femme avec une lacrymale d’un rose trop vif, qui tranchait violemment sur les paupières bleuies. En tout temps, il portait le costume de fête: pantalon de velours bleu, ceinture et cravate écarlate et, par-dessus cette cravate, un fichu de femme, enroulé autour du cou, et dont les pointes brodées pendaient sur la poitrine.
A chacune de ses oreilles, une rose était posée, et sous son feutre rejeté en arrière et orné d’un ruban damassé, on voyait flotter, comme une frange ondulée, les mèches frisées de sa longue chevelure, luisante de pommade.
Devant cette parure quasi féminine, ces yeux veloutés et ce teint diaphane, Febrer compara mentalement l’éphèbe à l’une de ces vierges exsangues qu’idéalise l’art nouveau.
Mais cette vierge-là laissait apercevoir dans sa ceinture rouge certaine excroissance inquiétante. C'était certainement un couteau ou un pistolet, compagnon inséparable de tout jeune Ivicin.
En apercevant Jaime, le Cantó se leva et laissa pendre son tambourin le long d’une courroie passée dans son bras gauche, tandis que sa main droite, qui n’avait pas lâché la baguette, touchait légèrement le bord de son chapeau.
—Ayez un bon jour!