Febrer, comme tout bon Majorquin, croyait à la férocité des Ivicins; aussi s’étonnait-il de l’aspect courtois qu’il leur trouvait quand il les rencontrait sur les chemins. Ils s’entre-tuaient parfois, toujours pour des rivalités d’amour, mais l’étranger était respecté avec ce scrupule traditionnel que professe l'Arabe pour l’homme qui vient lui demander l’hospitalité sous sa tente.

Le Cantó semblait honteux que le señor majorquin l’eût surpris aussi près de chez lui, sur un terrain lui appartenant. Il balbutia quelques excuses. Il était venu là, parce qu’il aimait à contempler la mer, d’un point élevé. Il était mieux à l’ombre de la tour. Ici nul ami ne venait le troubler par sa présence et il pouvait librement composer les vers d’une romance pour le prochain bal au village de San Antonio.

Jaime sourit avec bienveillance devant les timides explications du Cantó.

—Ah! ah! tu composes des vers. Et, sûrement, ils sont dédiés à quelque jeune atlóta?

Le jeune homme acquiesça de la tête.

—Et quelle est cette jolie fille?

Fleur-d'Amandier, répondit le poète.

Fleur-d'Amandier? Le joli nom!

Animé par l’approbation du señor, l’atlót continua ses confidences. Fleur-d'Amandier, c’était Margalida, la fille de Pép de Can Mallorquí. C'était lui, le Cantó, qui lui avait donné ce joli surnom en la voyant blanche et belle comme les fleurs qui viennent sourire sur les branches noircies par l’hiver, quand les gelées sont finies et que les premiers souffles tièdes annoncent le printemps.

Tous les garçons du voisinage répétaient maintenant ce nom, et Margalida n’était jamais désignée autrement.