Et, avec complaisance, le chanteur reconnaissait qu’il savait découvrir les pseudonymes et que ceux qu’il donnait aux gens leur restaient pour toujours.
Febrer s’amusait à écouter les paroles du jeune homme. Où diable la poésie allait-elle se nicher?
Il lui demanda s’il travaillait. L'atlót répondit négativement. Ses parents ne voulaient pas qu’il se livrât à une besogne manuelle. Un jour de marché, il avait été ausculté par un médecin qui avait conseillé à sa famille de lui éviter toute fatigue. Et lui, satisfait de l’ordonnance, passait ses journées en plein air, à l’ombre d’un arbre, à écouter chanter les oiseaux ou à guetter les atlótas quand elles passaient par les sentiers. Puis, quand il sentait s’élaborer en sa cervelle un chant nouveau, il s’asseyait au bord de la mer pour le composer lentement et le fixer dans sa mémoire docile.
Jaime prit congé du Cantó. Il pouvait continuer tranquillement son poétique labeur. Mais, au bout de quelques pas, il s’arrêta et tourna la tête, étonné de ne plus entendre le tambourin.
L'improvisateur s’éloignait en descendant la côte, craignant de molester le señor avec sa musique et cherchant un autre endroit solitaire.
Febrer arriva chez lui. Tout ce qui, de loin, paraissait former le rez-de-chaussée de la tour, était, en réalité, un soubassement massif. La porte était au même niveau que les fenêtres supérieures.
Les gardiens pouvaient ainsi, autrefois, éviter une surprise des pirates, en se servant, pour entrer ou sortir, d’une échelle qu’ils remontaient à l’intérieur, une fois la nuit venue. Jaime avait fait fabriquer, pour son usage, un grossier escalier de bois qu’il ne retirait jamais. La tour, construite en granit sablonneux, était comme usée, à l’extérieur, par la brise marine. De nombreuses pierres de taille avaient roulé hors de leurs alvéoles et ces trous formaient comme des degrés dissimulés pour permettre d’escalader la tour.
Le solitaire monta dans sa rustique demeure. C'était une vaste pièce circulaire sans autres baies que la porte et la fenêtre opposée, ouvertures semblables à des tunnels, dans l’épaisseur inusitée des murs.
Ceux-ci, à l’intérieur, étaient soigneusement enduits de cette chaux spéciale à Iviça, qui donne un aspect riant aux plus sordides chaumières des plus humbles hameaux.
Dans la voûte, coupée par une lucarne révélatrice de l’ancien escalier qui conduisait à la plate-forme, on voyait encore la suie des flambées qui avaient été allumées autrefois.