Jaime voyait, en imagination, la fille de Pép préparant les aliments, allant et venant, près du foyer, suivie du regard par sa mère, qui n’osait pas mettre la main aux mets destinés au señor.
Tout à l’heure, il allait voir apparaître la jeune fille, portant au bras le panier où se trouvait le repas. Elle arriverait avec son large chapeau de paille garni de longs rubans qui préservait des rayons brûlants sa figure, si miraculeusement blanche que le soleil l’avait à peine dorée comme un ivoire ancien.
Quelqu’un remua sous la treille, se dirigeant vers la tour. C'était Margalida!... Non, ce n’était pas elle. C'était son frère, Pepét, qui était à la ville d'Iviça depuis un mois, Pepét qui se préparait à être séminariste et auquel les gens du pays avaient donné, pour ce motif, le surnom de Capellanét.
II
—Bon diá tanguí! Ayez un bon jour!
Pepét étendit une serviette sur un côté de la table et y déposa deux assiettes couvertes, plus une bouteille de vin de treille qui avait la couleur et la transparence du rubis.
Puis il s’assit sur le sol, prenant ses genoux entre ses bras et demeura immobile. La nacre lumineuse de ses dents brillait dans le sourire de son visage brun. Ses yeux malins se fixaient sur Jaime avec une expression de chien fidèle et gai.
—Comment, tu n’es donc pas à Iviça pour être curé? demanda celui-ci tout en commençant son repas.