Febrer éprouvait une véritable angoisse en écoutant cette voix dolente. Il lui semblait que la poitrine de l’improvisateur allait se déchirer, que sa gorge allait éclater... Mais les paysans accoutumés à ce chant, aussi exténuant que la danse qui l’avait précédé, ne prêtaient nulle attention à la fatigue du chanteur qu’ils ne se lassaient pas d’écouter.

Plusieurs atlóts, quittant la foule qui entourait le poète, parurent délibérer un instant et bientôt s’approchèrent du petit groupe composé d’hommes mûrs. Ils venaient chercher le siño Pép, le maître de Can Mallorquí, pour lui parler d’une importante affaire. Ils affectaient de tourner le dos au Cantó, un pauvre diable qui n’était bon qu’à faire des chansons en l’honneur des jeunes filles.

Le plus hardi s’avança vers Pép.

—Nous voulons vous parler du festeig de Margalida. Rappelez-vous, siño Pép, que vous nous avez promis d’autoriser, cette année, le festeigo de votre fille.

Le paysan les considéra un instant l’un après l’autre, comme s’il les comptait.

—Combien êtes-vous?

Celui qui avait pris la parole sourit:

—Ah! nous sommes nombreux!...

—Serez-vous vingt? demanda-t-il.

Les atlóts ne répondirent pas tout de suite. Ils calculèrent mentalement en murmurant les noms de quelques amis absents... Vingt?... Oh! plus que cela. On pouvait compter au moins sur trente.