Les atlótas, avec la solidarité de leur sexe, félicitaient Margalida, lui pressaient les mains, la poussaient en lui demandant de chanter à son tour pour répondre à ce qu’avait imaginé le Cantó sur la fausseté des femmes.

—Non, non, je ne veux pas! je ne veux pas! protestait Fleur-d'Amandier se débattant entre les bras de ses compagnes.

Et sa résistance était si évidemment sincère qu’à la fin les mamans intervinrent et prirent sa défense.

—Laissez-la donc, cette petite! Margalida est venue pour se divertir et non pour servir d’amusement aux autres. Croyez-vous donc que ce soit si facile de tirer soudain de sa tête une réponse en vers?

Le tambourinaire avait repris son instrument des mains du Cantó et frappait dessus avec la baguette. La flûte, en des gammes rapides, imitait un rire clair de fillettes, avant d’attaquer la mélodie berceuse au rythme africain...

Allons, que le bal continue!

Les musiciens jouèrent l’air qui leur parut le plus de circonstance. La foule des curieux recula, et de nouveau, au centre de la place, on vit bondir les blanches espadrilles et tournoyer les plis raides des jupes bleues ou vertes.

Poussé par cette irrésistible attraction que provoque une antipathie spontanée, Jaime ne cessait de regarder le Ferrer. Le vérro demeurait silencieux et distrait parmi ses admirateurs qui faisaient cercle autour de lui. Ses yeux durs, fixés sur Margalida, ne semblaient voir qu’elle, comme s’il voulait la fasciner de ce regard qui effrayait les hommes.

Jaime sentit se réveiller en lui l’humeur batailleuse du camorriste qu’il avait été dans sa jeunesse. Il haïssait le vérro; il regardait comme une vague offense personnelle la terreur respectueuse que ce fanfaron inspirait à tous. Ne se trouvait-il donc pas un homme capable de gifler ce repris de justice?

Le Ferrer, pour la première fois de la journée, prenait part à la danse.