Et son émotion fut telle, son mouvement de recul si brusque, qu’elle faillit tomber.

TROISIÈME PARTIE

I

Deux jours après, comme Jaime, revenu de la pêche, attendait dans sa tour qu’on lui apportât son repas, il vit entrer Pép qui disposa sur la table le petit panier aux provisions, avec une certaine solennité.

Le paysan tenta de s’excuser pour cette visite insolite. Sa femme et Margalida s’étaient rendues une fois encore à l’ermitage des Cubells, et le gamin les avait accompagnées.

Febrer, qui avait passé toute la matinée en mer, se mit à manger de bon appétit; mais l’air grave de Pép finit par attirer son attention.

—Pép, tu as quelque chose à me dire et tu n’oses pas.

—C'est vrai, maître.

Et Pép, comme tous les timides, qui hésitent et tergiversent avant de parler, mais qui, après s’y être risqués, vont de l’avant, poussés par leur timidité même, exposa sa pensée avec une rude franchise.

«Oui, il avait quelque chose à dire; quelque chose de très important. Il y pensait depuis deux jours... et maintenant il ne pouvait plus se taire. S'il s’était aujourd’hui chargé d’apporter lui-même le dîner du señor, c’était pour lui parler. Voyons! Que voulait don Jaime? Pourquoi se moquait-il de ceux qui l’aimaient tant?»