—Me moquer de vous? se récria Febrer.

—Hélas! c’est la vérité pourtant, affirmait Pép avec tristesse.

Avait-il fait autre chose, le soir de l’orage? Quel caprice avait poussé le señor à se présenter en plein festeig et à s’asseoir auprès de Margalida comme s’il eût été l’un de ses prétendants?

—Ah! don Jaime, les veillées d’amour sont choses sérieuses pour lesquelles des hommes s’entretuent. Je sais bien que les messieurs de la ville ridiculisent ces vieilles coutumes et considèrent presque comme des sauvages les paysans de notre île! Mais il convient de respecter les usages des humbles et de ne pas troubler les rares occasions qu’ils aient d'être joyeux!

Cette fois, ce fut Febrer qui prit un air de tristesse.

—Mais, mon bon Pép, je te jure que je n’ai jamais eu l’intention de me moquer de vos coutumes... sache-le, une fois pour toutes; je prétends à la main de ta fille, tout comme le Cantó, comme ce vérro antipathique, comme tous les jeunes gens qui accourent chez toi pour faire leur cour à Margalida... L'autre soir je me suis présenté au festeig parce que je suis las de souffrir, parce que j’ai enfin compris la cause des tristesses qui, depuis longtemps, m’accablent, parce que j’aime Margalida, enfin, et que je l’épouserai... si elle y consent.

Son accent, sincère et passionné, effaça les derniers doutes du paysan.

—Alors, c’est bien vrai? s’exclama-t-il. L'atlóta m’avait bien laissé entendre cela, au milieu de ses larmes, quand je l’interrogeai sur le but de votre visite... Je n’avais pas ajouté foi à ses paroles, tout d’abord; les filles sont si présomptueuses!... Elles s’imaginent que tous les hommes sont follement épris d’elles... Ainsi, c’est la vérité?

Cette certitude faisait sourire Pép, comme quelque chose d’inattendu et de bouffon.

—Voyons, don Jaime, nous sommes assurément très honorés, moi et les miens, de cette marque d’estime que vous donnez à Can Mallorquí. Il n’y a que la jeune fille qui en souffrira. Vous comprenez qu’elle va désormais être gonflée d’orgueil; elle s’imaginera qu’elle est digne d’un prince et ne voudra plus accepter pour mari un paysan... Non, non, cela ne peut être, señor... vous sentez bien que cela ne peut être... Vous avez déjà réfléchi, n’est-ce pas, don Jaime, et vous allez convenir avec moi que votre acte de l’autre soir était une plaisanterie... un caprice?...