Febrer secoua la tête énergiquement.
Ni plaisanterie, ni caprice! Il aimait la gentille Fleur-d'Amandier. Il avait conscience de la passion qu’il éprouvait pour elle et il irait jusqu’au bout. Il se proposait d’aller de l’avant, suivant sa volonté, en dehors de tous scrupules et préjugés. Il aimait Margalida et se déclarait un de ses prétendants, usant des mêmes droits que n’importe quel atlót d'Iviça. Il avait dit.
Pép, scandalisé par ces paroles, froissé dans son respect des traditions, leva les bras au ciel:
—Señor Dios!... Señor Dios!...
Il éprouvait le besoin de prendre le Seigneur à témoin de son émoi et de son étonnement. Un Febrer voulant donner son nom à une fille de Can Mallorquí!... Il semblait à Pép que toutes les lois de la nature étaient bouleversées, comme s’il voyait la mer près d’engloutir l'île; comme si les amandiers devaient fleurir au-dessus des vagues.
Tout le respect déposé dans l’âme de ce paysan durant ses longues années de servitude; la vénération religieuse que lui avaient inculquée ses parents lorsque, tout enfant, il voyait arriver, de Majorque, ceux qu’on nommait «les maîtres», se réveillaient en lui pour protester contre cet absurde projet, qui lui paraissait un défi à la hiérarchie sociale et à la volonté divine.
—Voyons, don Jaime. Je recommence à croire que tout ceci n’est qu’un jeu... mais votre air sérieux m’avait trompé. Don Horacio, se plaisait aussi à nous conter les choses les plus comiques sans perdre un instant sa gravité de juge. Non! le descendant d’une famille comme la vôtre, ne peut s’allier à de pauvres paysans!
—Mais je suis plus pauvre que toi, puisque je vis à tes dépens!... Si tu me chassais, je ne saurais où me réfugier.
—Pauvre! allons donc! Un Febrer n’est jamais pauvre! C'est impossible! Vous verrez certainement des jours meilleurs.
Jaime renonça à convaincre le fermier. Tant mieux, après tout, s’il le considérait comme riche. De cette façon, au moins, tous ces atlóts, dont il était devenu le rival, ne pourraient dire qu’il cherchait à s’allier à la famille de Pép, pour rentrer en possession de Can Mallorquí.