Note 303: Guinguené. -- Voir sur lui la note 2 de la page 107.[(retour)]
Note 304: Guinguené fut nommé, au commencement de 1798, ambassadeur de la République française à Turin. «C'était, dit M. Ludovic Sciout (le Directoire, tome III, p. 532), c'était un vrai Trissotin, un révolutionnaire aussi sot qu'insolent.» Par affectation de simplicité, et sans doute aussi par économie, car il tenait beaucoup à l'argent, il fit dispenser sa femme de paraître en habit de cour aux audiences. Sans perdre une heure, il dépêcha au ministre des relations extérieures un courrier extraordinaire, porteur de la grande nouvelle: la citoyenne ambassadrice est allée à la cour en pet-en-l'air! Ce pauvre Guinguené avait compté sans son hôte: le ministre (c'était Talleyrand) glissa aussitôt dans le Moniteur la note suivante: «Un ambassadeur de la République a écrit, dit-on, au ministre des relations extérieures qu'il venait de remporter une victoire signalée sur l'étiquette d'une vieille monarchie, en y faisant recevoir l'ambassadrice en habits bourgeois. Le ministre lui a répondu que la République n'envoyait que des ambassadeurs, parce qu'il n'y avait chez elle que des directeurs et qu'on n'y connaissait de directrices que celles qui se trouvaient à la tête de quelques spectacles.» (Moniteur du 26 juin 1798.) -- A quelques jours de là, Guinguené était rappelé.[(retour)]
Note 305: La Décade philosophique, fondée le 10 floréal an II (29 avril 1794). Guinguené en fut le principal rédacteur. Il était secondé par une «société de républicains» devenue en l'an V «une société de gens de lettres». On remarquait, dans le nombre, J.-B. Say, Amaury Duval, Lebreton, Andrieux, etc. Peu après l'établissement de l'empire, le 10 vendémiaire an XIII (2 octobre 1804), la Décade changea son titre en celui de Revue philosophique, littéraire et politique. Elle cessa de paraître en 1807. Lors de la publication du Génie du christianisme, la Décade n'avait pas manqué de l'attaquer très vivement dans trois articles dus à la plume de Guinguené et réunis aussitôt en brochure sous ce titre: Coup d'œil rapide sur le Génie du christianisme, ou quelques pages sur les cinq volumes in-8° publiées sous ce titre par François-Auguste Chateaubriand. -- Paris, de l'imprimerie de la Décade, etc., an X (1802), in-8° de 92 pages.[(retour)]
Note 306: Le Brun (Ponce-Denis Escouchard) dit Lebrun-Pindare; né le 11 août 1729 à Paris, où il est mort le 2 septembre 1807.[(retour)]
Note 307: Déjà, en 1798, dans une note manuscrite de son exemplaire de l'Essai, Chateaubriand avait tracé de Le Brun ce joli croquis: «Le Brun a toutes les qualités du lyrique. Ses yeux sont âpres, ses tempes chauves, sa taille élevée. Il est maigre, pâle, et quand il récite son Exegi monumentum, on croirait entendre Pindare aux Jeux olympiques. Le Brun ne s'endort jamais qu'il n'ait composé quelques vers, et c'est toujours dans son lit, entre trois et quatre heures du matin, que l'esprit divin le visite. Quand j'allais le voir le matin, je le trouvais entre trois ou quatre pots sales avec une vieille servante qui faisait son ménage: «Mon ami, me disait-il, ah! j'ai fait cette nuit quelque chose! oh! si vous l'entendiez!» Et il se mettait à tonner sa strophe, tandis que son perruquier, qui enrageait, lui disait: «Monsieur, tournez donc la tête!» et avec ses deux mains il inclinait la tête de Le Brun, qui oubliait bientôt le perruquier et recommençait à gesticuler et déclamer.»[(retour)]
Note 308: Sur le souper antique de M. de Vaudreuil, voyez les Souvenirs de Mme Lebrun-Vigée. Le Brun, coiffé du laurier de Pindare, y récita des imitations d'Anacréon.[(retour)]
Note 309: Il est bien vrai que Le Brun a écrit des vers sanglants contre Bonaparte; mais ces vers, il les a tenus secrets, tandis qu'il avait bien soin de publier ceux où il célébrait ce même Bonaparte. «Il s'était tout à fait, et dès le premier jour, dit Sainte-Beuve, rallié à Bonaparte, qui lui avait accordé une grosse pension 6,000 francs. Il a loué le héros, comme il avait déjà loué indifféremment Louis XVI, Calonne, Vergennes, Robespierre, sans préjudice des petites épigrammes qu'il se passait dans l'intervalle et qui ne comptaient pas.» Causeries du lundi, V. 134.[(retour)]
Note 310: Chamfort (Sébastien-Roch Nicolas, dit), né près de Clermont en Auvergne en 1741, mort à Paris, sous la Terreur, victime de cette révolution dont il avait été l'un des adeptes les plus fanatiques.[(retour)]
Note 311: Arrêté une première fois et enfermé aux Madelonnettes, ramené bientôt dans son appartement de la Bibliothèque nationale, mais placé sous la surveillance d'un gendarme, le jour où on avait voulu le conduire en prison, pour la seconde fois, Chamfort avait voulu se tuer. Il s'était tiré un coup de pistolet, qui lui avait seulement fracassé le bout du nez et crevé un œil. Il avait pris alors un rasoir, essayant de se couper la gorge, y revenant à plusieurs reprises et se mettant en lambeaux toutes les chairs; enfin cette seconde tentative ayant manqué comme la première, il s'était porté plusieurs coups vers le cœur; puis par un dernier effort, il avait tâché de se couper les deux jarrets et de s'ouvrir toutes les veines. La mort s'était ri de lui, selon le mot de Chateaubriand, et elle le vint prendre seulement quelques semaines plus tard, le 13 avril 1794. -- En 1797, dans son Essai sur les Révolutions, Chateaubriand avait tracé de Chamfort un portrait qui doit être rapproché de celui des Mémoires. «Chamfort, écrivait-il, était d'une taille au-dessus de la médiocre, un peu courbé, d'une figure pâle, d'un teint maladif. Son œil bleu, souvent froid et couvert dans le repos, lançait l'éclair quand il venait à s'animer. Des narines un peu ouvertes donnaient à sa physionomie l'expression de la sensibilité et de l'énergie. Sa voix était flexible, ses modulations suivaient les mouvements de son âme, mais dans les derniers temps de mon séjour à Paris, elle avait pris de l'aspérité, et on y démêlait l'accent agité et impérieux des factions... Ceux qui ont approché M. Chamfort savent qu'il avait dans la conversation tout le mérite qu'on retrouve dans ses écrits. Je l'ai souvent vu chez M. Guinguené, et plus d'une fois il m'a fait passer d'heureux moments, lorsqu'il consentait, avec une petite société choisie, à accepter un souper dans ma famille.» Essai, livre I, première partie, chapitre XXIV.[(retour)]
Note 312: Delille (Jacques), né le 22 juin 1738 à Aigueperse (Auvergne), mort le 1er mai 1813.[(retour)]