Notons en passant ce trait de mœurs américaines, une jeune fille ne va jamais seule; elle est toujours accompagnée d’un jeune homme qui lui sert «d’escorte». On se promène ensemble; ensemble on va aux réunions ou fêtes publiques; d’ordinaire tout finit par un mariage, mais pas toujours..., car il peut arriver que la jeune fille change son «escorte» contre une autre, ou que le jeune homme sente le besoin de porter ailleurs ses services. Malgré tout, les scandales sont rares et les convenances sociales paraissent toujours observées.

L’école aussi est essentiellement neutre; si vous voulez une école confessionnelle, vous pouvez la créer à vos frais, tout en payant l’impôt général pour les écoles publiques; mais si vous envoyez vos enfants aux écoles primaires de l’Etat, il faut en passer par cette neutralité stricte. Dans les salles de classe, aucun emblème religieux, rien que le portrait du président et celui de l’immortel Washington. Il n’est pas permis à l’instituteur de faire une prière quelconque, ni même de prononcer le nom de Dieu, du moins si les parents d’un des enfants s’y opposent. Ce fut la raison pour laquelle les Sœurs canadiennes de la Providence refusèrent de prendre l’école-publique de Frenchtown qu’on leur offrait; car les administrateurs d’une école de district sont parfaitement libres de choisir l’instituteur ou l’institutrice qui leur plaît, fût-ce un clergyman ou une religieuse, pourvu que l’un et l’autre soient diplômés; en d’autres termes, l’école américaine n’est pas laïque, du moins en principe. Les Sœurs dont je viens de parler, me disaient: «Comment pourrions-nous enseigner dans une école où il ne nous serait pas permis de faire le signe de la croix?» Et pour qu’on ne m’accuse pas d’exagérer, je vais citer ici quelques lignes de la brochure du P. Forbes, intitulée: «Les catholiques et la liberté aux Etats-Unis». Après avoir loué la largeur d’idées avec laquelle, selon lui, les Etats-Unis ont organisé l’enseignement secondaire et supérieur, en maintenant le grand principe du droit naturel: «c’est au père qu’il appartient d’élever l’enfant et de choisir des maîtres», il ajoute:

«Chose étrange! quand il s’agit d’enseignement primaire, tous ces beaux principes sont oubliés; l’excuse, c’est la force majeure que créent les circonstances étranges, comme l’éparpillement des familles sur un territoire grand comme l’Europe, et l’impuissance de ces familles à se pourvoir. Alors les autorités locales, se substituant aux parents, ont, avec une prodigalité qui serait admirable si elle n’était injuste, créé de tous côtés des écoles publiques, «nominalement neutres» en religion, mais de fait, petits foyers d’indifférence et d’impiété, qui sont entretenus aux frais de tous; de sorte que l’éducation confessionnelle primaire et primaire-supérieure n’est possible qu’à la condition de payer deux fois.»

«Au dire du Tablet du 17 janvier 1903, le P. Pardow, jésuite très connu, déclare que les catholiques des Etats-Unis paient pour leurs écoles primaires 25 millions de dollars, c’est-à-dire 125 millions de francs en sus des impôts ordinaires, et élèvent un million d’enfants qui ne coûtent rien à l’Etat».

Un dernier détail qui semble prouver l’influence des Israélites dans l’organisation de l’enseignement public aux Etats-Unis, c’est que les classes chôment toute la journée du samedi.

Le programme des écoles primaires comprend huit degrés ou huit classes, auxquelles s’ajoutent les trois degrés de l’école supérieure qui correspond à notre enseignement secondaire; on passe ensuite à l’Université. Chaque Etat a son Université, subventionnée par les fonds publics. L’Université de l’Etat de Montana se trouve à Missoula. Je l’ai visitée une fois, et ce qui me frappa surtout, ce fut de voir jeunes gens et jeunes filles circuler pêle-mêle dans les salles, et suivre les mêmes cours sous les mêmes professeurs. En somme c’est le système mixte des écoles primaires, prolongé jusqu’au plus haut degré de l’enseignement.

La principale Université des Etats-Unis est celle de Harward; elle possède un observatoire astronomique de premier ordre, dont le directeur, le Professeur William Pickering, est un des hommes les plus connus dans le monde savant, grâce à ses théories surprenantes d’originalité et de hardiesse. J’en citerai deux entre autres. D’après lui, la fin du monde serait prochaine: le soleil, noyau de la nébuleuse primitive, continuant de se condenser, serait sur le point de lancer dans l’espace une nouvelle planète. L’ébranlement causé dans notre atmosphère par ce phénomène serait tel que toute vie s’éteindrait à l’instant sur notre globe.

Une autre de ses théories vraiment américaines est que la lune vient de l’Océan Pacifique. A une époque géologique fort éloignée, lorsque le globe terrestre encore liquide n’était recouvert que d’une écorce solide de 30 milles d’épaisseur, il se produisit dans cette masse une explosion épouvantable, à la suite de laquelle six milliards de kilomètres cubes de matière furent projetés dans les airs et formèrent notre satellite. La déchirure qui en résulta dans la croûte terrestre, n’est autre que le bassin de l’Océan Pacifique. W. Pickering en donne pour preuve la ressemblance des volcans de la lune avec le sol et les volcans des Iles Hawaï.

Revenons à Frenchtown. La vie de chaque jour y était on ne peut plus paisible; toutefois des journées bruyantes, comme la Saint-Jean-Baptiste chaque année et les élections générales tous les quatre ans, venaient en rompre la monotonie.

La Saint-Jean-Baptiste est une fête originale et d’une saveur tout américaine. Disons d’abord que cette fête se célèbre au profit et pour l’entretien de l’église et du curé et rapporte en moyenne à celui-ci 400 à 500 dollars, c’est-à-dire de 2.000 à 2.500 fr.[F].