La médecine était finie, la cicatrice avait disparu et le Pied-Noir ressemblait à l’Etoile-du-Matin à s’y méprendre. Rentré dans la grande tente, le Soleil parla ainsi au jeune Pied-Noir:
«Te voilà guéri, tu épouseras ta fiancée et de retour dans ta tribu tu diras à tous que je les protégerai toujours, si chaque année ils dressent en mon honneur une grande loge. Toute la tribu devra être là et m’offrir des présents qu’on exposera au sommet et tout autour de cette loge. Ainsi j’écouterai leurs prières. Les cérémonies devront être dirigées par une femme qui ait toujours été fidèle à son mari, autrement je n’écouterai pas leurs prières. Lorsque quelqu’un sera gravement malade, qu’il me fasse un vœu et je lui serai propice.»
Le Pied-Noir promit tout, prit congé et après un long voyage rentra au camp. Toute la tribu fut émerveillée de voir que la cicatrice avait entièrement disparu. Le jeune Indien rapporta tout ce que le Soleil lui avait ordonné de dire; il épousa la jeune fille et depuis lors les Pieds-Noirs font chaque année la loge de médecine en l’honneur du Soleil.
Les danses publiques se font avec la plus grande solennité et sont presque toujours des danses religieuses. Les hommes à peine couverts d’un haillon ont le corps peint de diverses couleurs, paré de plumes d’oiseaux et d’autres ornements indiens. Ils sautent à plusieurs ensemble, mais chacun séparément, tenant en main un objet superstitieux, par exemple un petit animal embaumé, un fusil, une pipe, un coutelas, une hache, etc.; ils dansent au son du tambour et des chants; ils poussent des cris et des hurlements et font mille contorsions selon le rythme de la danse ou selon leur caprice.
Les enfants des écoles ont les cheveux coupés; aussi quelques-uns d’entre eux voulant participer à la danse selon le vieil usage, s’attachent autour de la tête des queues de vache, et avec cette perruque ils se présentent à l’assemblée, provoquant parmi les spectateurs un rire inextinguible.
XV.
Le Napi ou le Vieux des Pieds-Noirs.
Le Napi est une sorte de divinité grotesque et peu édifiante. On lui attribue la création de l’homme et des animaux, des minéraux et en général de toutes les choses visibles. D’après la tradition, il habitait autrefois au milieu des Pieds-Noirs, mais depuis longtemps il ne s’est plus montré. Il court sur lui une foule de récits légendaires; en voici deux ou trois.
Pendant qu’il résidait parmi les Pieds-Noirs, il trouva un jour dans la prairie le crâne blanchi d’un cerf avec ses longues cornes. Un rat sortant de ce crâne invita le Napi à y entrer. Le chef des rats organisa aussitôt un bal qui devait durer toute la nuit, et celui qui s’endormirait aurait les cheveux rasés. Au milieu du bal, le Napi s’endormit et les rats lui rasèrent la tête et s’enfuirent. Le lendemain matin, le Napi s’étant réveillé mit dehors les jambes et le buste, mais il ne put sortir la tête. Il se leva la tête prise dans le crâne du cerf aux longues cornes, et ainsi affublé, il parcourut le pays.
Les chasseurs le prenant pour un cerf l’entourèrent, mais s’apercevant de leur erreur, ils l’empoignèrent par les cornes et lui demandèrent qui il était. N’obtenant aucune réponse, ils brisèrent le crâne avec une pierre et reconnurent le Napi.