VI

Le lendemain, il plut toute l’après-midi ; M. de Mauserre et Mlle Holdenis ne se promenèrent point dans le parc. Je profitai d’une éclaircie pour me rendre à mon atelier, où je devais commencer le portrait de Mme d’Arci. Elle m’y rejoignit comme j’achevais de charger ma palette. Son mari l’accompagnait, il s’écria en refermant la porte avec fracas : — Monsieur Flamerin, jurons de ne pas sortir d’ici avant d’avoir avisé ensemble au moyen de nous débarrasser de cette intrigante !

Il avait l’accent si tragique que je lui demandai s’il se proposait d’employer le couteau ou le poison. — Pour expédier une souris, me répondit-il, je ne connais que la mort-aux-rats. Peut-être savez-vous des moyens plus doux, je consens à les examiner.

Il s’installa dans une fumeuse, j’avançai un fauteuil à Mme d’Arci, je m’assis à ses pieds sur un tabouret, et la séance fut ouverte. On eût dit à notre gravité un conseil de guerre assemblé pour délibérer sur un plan de campagne.

— Comme elle s’est trahie ! disait M. d’Arci.

— Il est certain, lui répondis-je, qu’elle a pâli et perdu contenance.

— Elle avait l’air d’une âme en peine, ajoutait Mme d’Arci, et pendant toute la soirée elle n’a fait que changer de place parce qu’aucune ne lui était bonne.

— C’est un bon point à lui marquer, elle n’est pas encore maîtresse dans l’art de feindre.

— Dès le premier jour que je l’ai vue, ses intentions m’ont été suspectes, et son museau tudesque m’a déplu.

— Cela prouve, monsieur, reprenais-je, que vous avez plus de clairvoyance ou plus de préventions que moi ; son museau tudesque ne m’a jamais déplu.