Les soins empressés de Mme de Mauserre, assistée de sa belle-fille et de l’hôtelière, eurent bientôt ressuscité la perle des gouvernantes. On la déshabilla, on la mit dans un lit bassiné, où elle ne tarda pas à reprendre tous ses esprits. Son premier mot fut pour appeler Lulu, qui se jeta sur elle avec des transports de joie.
Pendant ce temps, j’avais échangé mes habits mouillés contre des vêtements de paysan, et je descendis me chauffer à la cuisine. J’y trouvai M. de Mauserre debout devant la cheminée. — Vous avez des explications à me donner, me cria-t-il.
— Permettez, repartis-je d’un ton vif, il me semble que c’est à moi d’en réclamer.
Notre vieille amitié triompha de sa jalousie et de son orgueil, et il reprit de l’air le plus affectueux : — Vous avez raison ; les cris de Lulu m’avaient troublé l’esprit. Excusez-moi, je vous en prie, et embrassons-nous.
Je lui touchai dans la main sans lui donner au sujet de mon naufrage les éclaircissements détaillés qu’il désirait. Tout ce qu’il put tirer de moi fut que Mlle Holdenis avait choisi le moment où le vent soufflait dans toute sa force pour lâcher imprudemment le gouvernail. — Cela prouve une fois de plus, ajoutai-je, que les femmes sont de mauvais pilotes ; ne nous laissons gouverner par elles ni sur eau ni sur terre.
Impatienté de ma réserve, il m’entraîna dans l’embrasure d’une fenêtre, et, m’ayant regardé dans le blanc des yeux, il me dit à brûle-pourpoint : — Avez-vous des vues sérieuses sur Mlle Holdenis ?
— Que vous importe ? lui répondis-je.
— Je m’intéresse à elle et à vous, et je ne crois pas que vous soyez faits l’un pour l’autre.
— Pour qui donc est-elle faite ? lui demandai-je en le regardant fixement à mon tour.
— Pour ma fille, à qui elle est bien nécessaire. Soyez de bonne foi. Votre cœur est-il pris tout de bon ?