— Qu’est-il besoin, mademoiselle, d’attendre cet ordre ? Votre cœur ne vous en donne-t-il point ?

— Si vous étiez mieux informée, madame, vous sauriez que dans un moment où j’avais des dégoûts, comme je pensais à m’en aller, M. de Mauserre m’a obligée de rester, en m’arrachant la promesse d’attendre son consentement.

— Vous m’étonnez, mademoiselle. Une telle promesse est-elle capable de vous retenir une heure de plus dans une maison où vous avez, sans le vouloir, semé la zizanie, apporté le trouble et le chagrin ?

— J’ai donné ma parole, et je ne me dégage pas ainsi de ma parole.

— J’aurais cru, dit Mme d’Arci en s’animant, que le devoir nous commandait de sacrifier les petites obligations aux grandes.

— Peut-être n’avons-nous pas la même idée du devoir, répondit-elle doucement. Vous avez votre conscience, j’ai la mienne.

— La vôtre est mystérieuse, mademoiselle ; le désespoir de Mme de Mauserre la laisse bien tranquille.

— Vous êtes téméraire dans vos jugements, madame. Interrogez Mme de Mauserre ; elle vous dira si je suis indifférente à ses peines, et puisque vous semblez croire que je vous dois compte de ma conduite, c’est moi, madame, sachez-le bien qui l’ai conjurée de solliciter et d’obtenir mon renvoi.

— Vraiment, mademoiselle ? Eh bien ! voulez-vous savoir ce que j’aurais fait à votre place ? Je me serais tue, et je serais partie.

— Ah ! madame, quoi que je fasse, je suis condamnée d’avance dans votre esprit. La superbe justice de la comtesse d’Arci ne se croit pas tenue d’être équitable pour une pauvre fille qui n’a rien et qui n’est rien. Heureusement il y a là-haut un juge suprême qui regarde du même œil les grands et les petits.